LES PROPOSITIONS SUR L’INÉGALITÉ : ENCORE UNE PART ERRONÉE OU MENSONGÈRE DES LIBÉRAUX ET DES SOCIALISTES

Depuis des années, le débat sur l’inégalité défraie la chronique partout dans le monde. Dans cette atmosphère bouillonnante, les courants de pensée prennent une part active au débat. Le libéralisme et le socialisme ne restent pas indifférents à cet égard. Ainsi, chaque courant, à travers ses acteurs et adeptes, donne ses points de vue sur le sujet de l’inégalité. Des explications et des propositions sont faites pour dénouer le problème. Malheureusement, le constat reste amer et triste. Les deux courants donnent des points de vue diagonalement opposés, mais pire aucune des propositions avancées n’a encore réglé le problème. Ce qui laisse appréhender l’incohérence des propositions faites de part et d’autre, démontrant de nouveau une part erronée ou mensongère des libéraux et des socialistes. Ces illusions des deux courants s’aperçoivent à plusieurs niveaux du sujet, à savoir au niveau de la problématique de l’inégalité, des solutions à l’inégalité, etc. Dans cet article, notre objectif sera de traiter le sujet de l’inégalité suivant les différents niveaux évoqués, en démontant les visions erronées des deux courants susmentionnés.

La réalité de l’inégalité

Au sujet de l’existence de l’inégalité dans le monde, si l’on s’en tient aux études menées à ce sujet, nul ne peut nier la réalité de l’inégalité dans nos sociétés. En effet, selon Oxfam, une ONG britannique, 1% de la population mondiale possède plus de richesses que les 99% restants. Ainsi, 82% de la richesse mondiale créée en 2016 ont été détenus par les plus riches de la planète qui représentent 1% de la population mondiale. Toujours selon Oxfam, 62 personnes possèdent désormais autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards d’individus. Aussi, selon le cabinet financier BCG[1], 1% de la population mondiale se partage près de la moitié de la richesse privée mondiale. Ils sont 18,5 millions de foyers fortunés à détenir 47% de la richesse en revenus, dépôts bancaires ou titres boursiers.

Au vu de ces études ou rapports sur l’inégalité, on peut affirmer que celle-ci est une réalité dans nos sociétés et dans le monde. Même sans ces données, par simple observation sociologique, on ne peut nier la réalité de l’inégalité dans nos pays et dans le monde. Sur ce point, nous sommes en phase avec les deux courants, qui partagent cette thèse de la réalité de l’inégalité dans le monde. Ainsi, à ce niveau du sujet, le libéralisme et le socialisme véhiculent une part de vérité, qui est de reconnaître la réalité de l’inégalité dans nos sociétés et dans le monde. Ils partagent ainsi la vision de l’objectivitisme, notre courant de pensée généraliste, qui est une alternative au libéralisme et au socialisme.

La problématique de l’inégalité

Les trois courants de pensée – le libéralisme, le socialisme et l’objectivitisme – étant unanimes sur l’existence de l’inégalité, cependant leurs points de vue diffèrent sur la problématique de celle-ci dans les sociétés. En effet, selon les libéraux, certes l’inégalité est une réalité, mais cette réalité est un état de nature qui n’est point problématique. Ainsi, l’inégalité existante est un fait naturel qui n’est guère un problème de société. Pour les libéraux donc, l’inégalité est inéluctable car il y aura toujours des différences de niveaux de richesse entre les Hommes : c’est la nature d’une société libre.

Selon les socialistes, l’inégalité dans nos sociétés et dans le monde est problématique. Puisque celle-ci est une source d’aggravation de la pauvreté dans le monde. En effet, selon la vision socialiste, plus les riches – une infime partie de la population – accumulent une part importante des richesses, plus la pauvreté gagne du terrain, touchant ainsi la grande partie de la population. Or, il est connu que la pauvreté dénature l’état de vie et la condition humaine.

Ainsi, pour les socialistes, ne pas reconnaître que l’inégalité est problématique est une aberration, car celle-ci est une source d’accentuation de la pauvreté, qui elle demeure une problématique majeure dans le monde. Donc la source d’une problématique pouvant être aussi problématique, d’où l’inégalité est une problématique évidente à combattre avec la dernière énergie. À ce titre, en 2015, Oxfam note que la part du patrimoine mondial détenue par les 1% les plus riches est passée de 44% en 2009 à 48% en 2014. Ainsi, il reste 52% aux 99% restants. Cependant, les 20% les plus riches détiennent la quasi-totalité de ces 52%. En fin de compte, 80% de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5% des richesses[2].

Pour sa part, l’objectivitisme estime que l’inégalité dans nos sociétés et dans le monde est problématique suivant deux ordres, à savoir l’ordre économique et l’ordre moral. Au niveau économique, l’inégalité est une source de crise de consommation. Or, il est démontré que la consommation est un pilier essentiel de dynamisation de toute économie. Ainsi, si l’inégalité affecte négativement la consommation, l’un des piliers essentiels de l’économie, c’est qu’elle est naturellement problématique.

Évidemment, imaginons 1000 richesses créées pour 100 personnes, dont une seule personne détient  50% soit 500 richesses, une autre détient 25% soit 250 richesses, une autre 10% soit 100 richesses, 57 personnes se partagent les 15% restants soit 150 richesses et les 40 personnes restantes n’ont rien. Avec une telle répartition de la richesse, par la nature des choses ou non, on aura un problème de consommation des ménages dans la société. Or celle-là est la plus importante de la consommation économique. En effet, la consommation étant l’utilisation des biens et services pour la satisfaction d’un besoin, lorsque les richesses sont cumulées dans la main d’une seule personne ou d’un petit groupe – comme l’atteste notre illustration – il est évident que la consommation des ménages prenne un coup. Puisqu’en réalité, on ne peut consommer à la place d’autrui. La satisfaction des besoins est individuelle et non cumulable. Or, c’est la somme des satisfactions de besoins individuels qui forme la consommation des ménages de masse, dont l’économie a fortement besoin pour amorcer son dynamisme, sa croissance et son développement. Ainsi, économiquement parlant, une répartition très déséquilibrée de la richesse, qu’elle soit d’ordre naturel ou non, est une source de problème pour la consommation. D’où, à ce niveau, l’inégalité est assurément problématique.

Au niveau moral, l’inégalité peut être une source de corruption. En effet, par la force de la répartition déséquilibrée de la richesse, les riches pour atteindre leurs objectifs pourraient être tentés ou même tentent d’exploiter la vulnérabilité des pauvres par la corruption. Ces derniers sont soudoyés par ceux-ci à travers des pots-de-vin, des dessous-de-table pour qu’ils leur attribuent des marchés publics, des partenariats, la justice, etc. Ainsi, avec ce déséquilibre, les riches dominent ou domineront toujours la société et le monde des affaires par la corruption. C’est pourquoi, l’inégalité pouvant entraîner la corruption, nocivité de la société, est immanquablement problématique.

Les solutions sur l’inégalité

À propos des solutions, des trois courants de pensée, chacun a une vision ou une proposition s’opposant lamentablement aux autres. En effet, pour les libéraux, l’inégalité n’étant guère problématique, puisqu’étant selon eux un état de nature, la solution sur l’inégalité est de laisser cet état de nature se régler lui-même, de façon naturelle, sans une intervention aucune. Surtout on doit éviter les mesures qui viendraient contraindre la liberté et l’initiative des riches, comme l’attestent les solutions préconisées par les socialistes.

Pour les socialistes, l’inégalité étant problématique et vu son explosion dans nos sociétés, qui accentue la pauvreté dans le monde, il faut impérativement un équilibrage de la répartition des richesses pour sauver l’humanité. Ainsi, ils proposent de récupérer une partie des fortunes des riches par le biais des impôts et les répartir à travers des mécanismes sociaux accessibles à tous, pour garantir à chacun sa condition humaine et une vie acceptable.

L’objectivitisme s’oppose indéfectiblement aux propositions des deux courants relatées ci-dessus. En effet, selon l’objectivitisme, les solutions proposées par les deux courants ne résolvent guère le problème de l’inégalité. Bien entendu, le libéralisme ne reconnaissant pas la problématique de l’inégalité, montre déjà son incompréhension du sujet. D’où sa solution fallacieuse proposée ci-dessus. En réalité, les libéraux doivent comprendre que l’inégalité est problématique et en tant que telle, qu’elle soit naturelle ou non, elle peut être atténuée voire anéantie par l’intelligence humaine. En effet, ils doivent cerner que faire fi de l’intelligence humaine pour régler efficacement nos problèmes est une faiblesse intellectuelle ou une méconnaissance de la résolution des problèmes. Sinon pour une résolution déterminante des problèmes, la combinaison de l’action intelligente  et de l’effet naturel est inéluctablement nécessaire. C’est pourquoi, il est aberrant de laisser demeurer l’inégalité ou vouloir que celle-ci se règle d’elle-même de façon naturelle, sans aucune intervention intelligente.

Concernant le socialisme, quoique reconnaissant la problématique de l’inégalité, sa solution avancée pour anéantir cette tare périlleuse est non seulement littérale mais surtout absurde. En effet, elle est non intelligente car elle empiète sur la motivation pour la création de la richesse, et elle est aberrante car elle viole de façon grossière la liberté des riches. Or, le défi avec l’inégalité n’est guère de démotiver la création de la richesse et de violer grossièrement les droits individuels des Hommes ou de certaines personnes. Sinon, la solution proposée par les socialistes consiste clairement à exproprier les riches au profit des pauvres par l’entremise de l’État-providence. Or cette expropriation de la richesse des riches par le biais d’impôts excessifs est une source de démotivation d’une part, et une violation fragrante des droits individuels d’autre part. Les pauvres également qui bénéficient des largesses de cette expropriation ne prendront jamais conscience de l’initiative à la création de la richesse. Or tel n’est point l’objectif de la solution à l’inégalité.

L’objectif, en réalité, est de résoudre le problème de l’inégalité tout en favorisant et en promouvant la motivation à la création de la richesse, en garantissant les droits des uns et des autres et surtout en permettant de façon objective[3] que les uns et les autres aient accès à la richesse. Toutes ces choses favoriseront une répartition équilibrée de la richesse dans la société, ce qui règlerait la problématique de l’inégalité que nous cherchons à endiguer pour le bonheur de la société et des Hommes. C’est suivant cet objectif précis et clair que l’objectivitisme donne ses solutions pour l’inégalité.

En effet, selon l’objectivitisme, la résolution efficace de l’inégalité passerait par l’accès à la richesse via le travail à un nombre important d’individus de la société. Ce qui garantirait une répartition intelligente et déterminante de la richesse, qui règlerait le problème de l’inégalité et assurerait le bonheur social des Hommes. Évidemment, pour l’objectivitisme le capital étant ce qui produit la richesse, l’accès à la richesse par les individus devrait passer inéluctablement par l’accès au capital. Ainsi, tout le défi devrait se résumer à ce niveau. C’est pourquoi, des mécanismes intelligents doivent être mis en œuvre pour la cause.

À ce sujet, l’objectivitisme a déjà donné ses solutions à travers notre ouvrage intitulé ‘’Pour en finir avec la problématique du financement en Afrique et ailleurs ?’’. Avec cet ouvrage, on trouvera des modèles de financement qui garantissent à chaque individu un patrimoine d’investissement. Ce patrimoine d’investissement repose sur un mécanisme de sorte que nécessairement la majorité des individus y accèderont pour garantir leur part du capital et accéder à la richesse produite par le capital national et/ou international. Ce qui va progressivement rééquilibrer la répartition de la richesse pour anéantir l’inégalité et ses nombreuses conséquences négatives que nous déplorons.

Comme on peut le constater, avec cette solution, l’objectivitisme ne reste guère passif face à l’inégalité comme le libéralisme ; il met à contribution l’intelligence humaine pour booster la résolution de ce problème social majeur. De même, avec cette solution, l’objectivitisme ne détruit guère la motivation à la création de la richesse et les droits individuels des Hommes, comme le laissent entrevoir les solutions socialistes. Bien au contraire, cette solution de l’objectivitisme est d’une part une source inébranlable de motivation au travail et donc à la création de la richesse, et d’autre part une source de protection des droits individuels. C’est à titre que nous disons que les solutions des libéraux et des socialistes sur l’inégalité démontrent encore une part erronée ou mensongère de leur vision. En la matière, l’objectivitisme propose une meilleure solution.

Pacôme KOUAMÉ OI KOUAMÉ
Chercheur interdisciplinaire en développement 
Concepteur du projet Vision-monde de demain
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[1] Boston Consulting Group

[2] www.liberation.fr/futurs/2015/01/19/ces-1-de-riches

[3] À savoir sans détruire les autres éléments précités : la motivation et les droits des uns et des autres