CONSTRUISONS NOS SYSTÈMES SUR LA BASE DE LA MÉFIANCE ET NON DE LA CONFIANCE TOTALE EN LEURS ANIMATEURS

Aujourd’hui, le constat est que dans la quasi-totalité des pays du monde en général et de l’Afrique en particulier, les systèmes sont conçus sur la base de la confiance faite aux individus qui les animent. Chose qui justifie l’impuissance des systèmes devant les mauvaises intentions[1] de leurs animateurs. Ainsi, de nos jours, le grand combat reste à garantir la puissance à nos systèmes, surtout face aux comportements néfastes de leurs animateurs.

En effet, nous devons construire nos systèmes sur des bases solides pouvant empêcher les mauvais agissements de leurs animateurs. Car, les systèmes actuels ayant pour corollaire la confiance aux acteurs, ne présentent guère assez de garde-fous pour contrarier leurs mauvaises intentions. Connaissant les nombreuses failles ou faiblesses du système, ces derniers savent pertinemment que rien ne leur arrivera s’ils dérapent, même pas une petite découverte de leurs mauvaises actions, encore moins une petite sanction en cas de découverte.

C’est pourquoi, il est profondément absurde de concevoir un système sans intégrer des mesures de précaution nécessaires pouvant lui garantir une sécurité d’autocontrôle, de rigueur et de performance. Surtout, le sort du système ne doit être laissé au désir de ses animateurs. Car l’Homme n’est pas ce qu’on croit. Il n’a jamais été un être maîtrisable. Même avec de bonnes intentions, face à des circonstances, il adopte un comportement contraire à l’objectif fixé.

Dans ces conditions, il est préférable de concevoir nos systèmes en tenant compte des traits de l’individu le plus mal intentionné. Ce qui demande que nous construisions nos systèmes sur la base de la prudence ou de la méfiance, en mettant des garde-fous nécessaires de sorte que, quel que soit l’individu[2] qui aura en charge le système, les intérêts du peuple soient toujours préservés. Avec ce système, l’individu de mauvaises intentions se conformera aux dispositions mises en place, et le système redéfinira ses intentions et ses comportements dans les intérêts supérieurs de la société. L’individu de bonnes intentions sera davantage à l’aise dans ses actions, car les dispositions mises en place ne le gênent guère.

Ceci dit, il convient de retenir qu’il serait aberrant de concevoir un système sans tenir compte des méfiances et sans prendre de précautions nécessaires pour garantir sa sécurité et son efficacité. Ainsi, ne connaissant pas les intentions des uns et des autres, il est impérieux de prendre des dispositions et de les matérialiser dans le système, afin de garantir sa vitalité et sa performance, dans l’optique de lui donner les moyens nécessaires pour atteindre soigneusement ses ambitions. C’est à cette fin que nous avons conçu le régime pentiviste, régime politique développé dans notre ouvrage intitulé Afrique de demain : quels remèdes pour enrayer le sous-développement ?

En effet, le régime pentiviste est un système politique et étatique que nous avons voulu très rigoureux, dynamique, performant et résilient. C’est un système qui impose son diktat aux individus et non qui subit le leur. C’est un système qui garantit son autocontrôle et son succès. C’est un système qui favorise la compétence, le travail et le résultat. C’est un système qui réprime la médiocrité, la corruption, l’incompétence et les mauvaises intentions. C’est un système axé sur la culture et l’obligation de résultat. C’est un système de justice, de paix, de stabilité, de travail, de développement, de bien-être et de bonheur, etc. Ainsi, le régime pentiviste étant conçu sur des fondements de méfiance et de prudence, dorénavant nous avons un régime politique plein de garde-fous pouvant nous garantir un système politique et étatique fiable, pour assurer inéluctablement nos objectifs de croissance et d’épanouissement.

Aujourd’hui, certains pays africains semblent avoir une stabilité, néanmoins celle-ci reste fragile, car le système politique et étatique de ces pays demeure précaire. Ainsi, certaines personnes de mauvaise foi peuvent s’appuyer sur les failles du système pour générer l’instabilité. Elles peuvent confisquer le pouvoir, mener la dictature, réprimer des mécontentements, tout ceci avec l’aide des défaillances du système, pour créer une instabilité économique, sociale ou politique.

C’est pourquoi, nous devons impérieusement sortir de l’archaïsme des systèmes politiques actuels, tels que le régime présidentiel et le régime parlementaire, et adopter un système politique fiable, méfiant, prudent et résilient comme le régime pentiviste. Car nos régimes politiques actuels sont d’une telle nullité en matière de garde-fous ou de mesures de précaution que si nous ne prenons garde, la catastrophe sera notre réponse. Nous souffrons déjà énormément avec ces régimes moribonds. Ainsi, avec le temps, si nous demeurons toujours dans ces régimes tortueux, ce n’est plus la souffrance mais plutôt la catastrophe que nous récolterons. Dès lors, nous devons prendre conscience et nous doter d’un système crédible, fort et intelligent pour nous assurer un avenir radieux et non tumultueux, comme nous enseignent notre passé et notre présent.

En somme, retenons que l’Homme est naturellement bon et naturellement mauvais. Son caractère ‘’bon’’ est naturellement bienfaisant, mais son caractère ‘’mauvais’’ est naturellement nuisible. Or, la nuisibilité est un ennemi duquel il faut sérieusement se méfier. C’est pourquoi, tout système organisationnel et institutionnel animé par l’Homme, doit être conçu sur la base de la méfiance ou de la précaution afin d’éliminer les possibilités de nuisibilité pouvant empêcher la réalisation des objectifs en vue. Ainsi, l’Homme, animateur du système, étant un être ayant en lui le caractère de nuisibilité, nous devons contraindre ce caractère par le système à travers son mécanisme bien introduit, reposant sur des remparts de haute portée. D’où il est nécessaire de concevoir nos systèmes sur la base de la méfiance aux Hommes, plutôt que de les construire sur la base d’une confiance totale et aveugle en eux.                    

Pacôme Kouamé Oi Kouamé,
chercheur interdisciplinaire en développement
concepteur du projet Vision-monde de monde

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[1] Détournements, corruption, manque de volonté, irresponsabilité, etc.
[2] De bonnes comme de mauvaises intentions