COMMENT RÉCONCILIER LES AFRICAINS ?

Depuis les indépendances jusqu’à ce jour, dans chaque pays africain ne règnent que des divisions entre groupes ethniques, partis ou groupements politiques, dirigeants politiques, organisations institutionnelles, et même entre le peuple ou la population, ou encore entre les nationaux et les étrangers, etc. Ces divisions sont enracinées de telle sorte que leurs conséquences constituent un danger permanent et venimeux pour le continent. Car lorsque nous projetons un regard profond sur les différents drames constatés en Afrique (guerres, rébellions, coups d’État et autres), nous pouvons déduire que l’une des causes fondamentales de ces situations chaotiques est la division profonde et permanente qui règne dans chaque pays du continent.

Ainsi, aujourd’hui résoudre le problème de l’Afrique sans résoudre la problématique de la division serait une erreur fatale, voire de la comédie. C’est pourquoi, à ce jour, la réconciliation dans la quasi-totalité des pays africains avec, à la tête, des pays comme la Côte d’Ivoire, la RDC[1], la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, le Mali, le Nigéria, la Libye, la Tunisie, l’Égypte… s’impose, et donc doit être un programme important de l’État. L’entente s’impose car, sans elle, la stabilité aura toujours du mal à s’installer dans ces différents pays. Or nous savons très bien qu’il ne peut avoir de la croissance et du développement sans la stabilité. Ce qui traduit que la stabilité demeure indispensable à la bonne marche de tout pays. Comme  la division est l’ennemie première de la stabilité, il demeure important de combattre cette division en vue de permettre à la stabilité de germer, et de fleurir pour nourrir abondamment la croissance et le développement que nous recherchons.

Cependant, comment combattre cette division qui ne cesse de diffuser la haine, la rancune, les mauvaises intentions dans les cœurs et les esprits des individus, pour occasionner toutes les atrocités enregistrées dans notre continent ? Ou comment réconcilier les Africains afin de promouvoir la stabilité et  bannir l’instabilité dans le continent ? Car, effectivement, la réconciliation est un exercice difficile à réaliser. Si elle n’est guère bien commanditée, les conséquences qui suivront seront pires qu’auparavant.

De la sorte, la réconciliation ne doit être faite à la hâte ou bâclée, pour une raison ou une autre. Si une vraie réconciliation[2] se veut, deux options et une condition sont indispensables, voire impérieuses. Il s’agit de l’option de la réconciliation avec justice, de l’option de la réconciliation avec table rase sur le passé,  et de la condition de réparation définitive de la source fondamentale ayant occasionné la division. Pour une vraie réconciliation, soit on adopte la réparation effective de la source fondamentale et la réconciliation avec justice, soit on adopte la réparation effective de la source fondamentale et la réconciliation avec table rase sur le passé.

Cependant, des deux grandes options dégagées, il reste à savoir laquelle sera efficace pour le continent. À notre avis, l’option de la réparation de la source fondamentale et la réconciliation avec table rase sur le passé serait plus efficace. En effet, cette option serait porteuse car chaque partie en division se servant des défaillances de la source fondamentale a commis, d’une manière ou d’une autre, des erreurs d’une nature ou d’une autre, qui ont occasionné et approfondi la division. Elle a profité des défaillances de la source fondamentale pour mettre en œuvre ses mauvaises intentions qui ont provoqué la division et ses conséquences que nous connaissons.

Pour ce faire, nous disons que profiter de la défaillance de quelque chose pour atteindre ses objectifs ou obtenir quelque chose, n’est point une bonne voie à suivre. Ceci n’est pas juste, surtout pour les affaires de la chose publique. Mais connaissant le comportement inné de l’Homme, qui est de tout temps à la recherche de solutions à ses objectifs personnels via des raccourcis – comme les défaillances et autres – nous ne pouvons aussitôt blâmer les individus de chaque partie ayant de tels comportements. Il s’avère surtout que chaque partie a son membre parmi les individus qui ont manifesté le comportement, ayant occasionné la division que nous cherchons à réparer.

Ainsi, ce qui serait efficace est d’une part de chercher à réparer les défaillances de la source, en vue de minimiser voire éradiquer ce comportement humain néfaste, que certains individus de chaque camp n’hésitent point à mettre en pratique.  Vu que chacune des parties est fautive à cause de cet état de fait, la réconciliation avec table rase sur le passé après la réparation de la source serait plus efficace.

En revanche, une fois que la réparation est effectuée et que la réconciliation avec table rase a effacé toutes les fautes commises de part et d’autre, une nouvelle vie, une nouvelle société, un nouveau comportement, en un mot, une page s’ouvre et la justice prend place avec ardeur, intolérance, transparence et efficacité. Cette option nous semble la bonne, car l’option de la réparation de la source et la réconciliation avec justice pourrait être une autre source de division, si la justice entre les deux camps n’a pas été impartiale. Cela dit, l’efficacité de cette option pourrait être effective, si et seulement si la réparation de la source a été bien faite, et qu’elle procure une justice impartiale et non une justice de complaisance ou des vainqueurs.

Ainsi, de nos jours, pour la réconciliation en Afrique, nous devons d’une part réparer efficacement la source de nos divisions. Cette source est la défaillance de nos systèmes étatiques et politiques. D’autre part, nous devons nous réconcilier en faisant table rase sur le passé, en reconnaissant nos erreurs et en nous pardonnant de bon cœur. Car avec les réparations de nos sources de divisions : plus de frustrations, de provocations, d’abus ni de mauvaise foi ne pourront être mis en œuvre expressément par des individus de chaque bord.

Au regard de tout ce qui précède, nous devons retenir qu’une réconciliation avec justice ou table rase sur le passé, sans réparations profondes de ce qui est à la base de nos divisions, est une réconciliation infertile, de façade, voire une bombe à retardement. C’est pourquoi, aujourd’hui, vu que chaque pays a un système étatique et politique défaillant dont se servent certains individus pour provoquer la division – source du sous-développement aigu minant le continent – nous pensons que, quelle que soit l’option de la réconciliation choisie, le préalable et le fondamental seraient de réparer ce système étatique et politique moribond car, sans cela, le travail qui sera abattu serait vain. Pire, on aura des problèmes plus graves qu’auparavant. C’est le sous-développement et la pauvreté qui seront toujours catastrophiques dans nos pays et sur notre continent.

Pacôme Kouamé oi kouamé
Chercheur interdisciplinaire en développement 
Concepteur du projet Vision – monde de demain

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[1] République Démocratique du Congo

[2] À savoir une réconciliation efficace et porteuse de fruit