L’ANALYSE EST-ELLE UNE SOLUTION ?

Face à la situation désastreuse de l’Afrique, plusieurs spécialistes ne ménagent aucun effort pour apporter leurs contributions à la résolution de cette tare périlleuse. Cependant, force est de constater que la majorité de ces contributions sont des analyses. Or, leurs auteurs affirment avoir apporté des solutions à la problématique africaine. Par moment même, ils fustigent les dirigeants d’être passifs à leurs solutions. Tout porte à croire qu’ils confondent analyse et solution. Pour eux, l’analyse est une solution. Dès lors, on pourrait se poser la question suivante : l’analyse est-elle une solution ?

Comme nous l’avons défini dans un article précédent, l’analyse est une étude ou un exercice qui consiste à décortiquer minutieusement, à l’aide de données fiables[1], une situation, une action ou une connaissance pour soit l’expliquer ou l’éclairer, soit montrer sa pertinence, soit révéler sa problématique pour le progrès des choses. Ainsi, l’analyse de la situation de l’Afrique consisterait à décortiquer minutieusement la situation africaine pour soit montrer qu’elle n’est point chaotique, soit révéler qu’elle est problématique et, dans ce cas, montrer ses causes afin d’y apporter les solutions pour régler le problème.

L’analyse est alors ce qui révèle la pertinence ou la problématique d’une situation, d’une action ou d’une connaissance. La pertinence qu’elle met en lumière est un état de bonne perspective qu’il faut entretenir pour maintenir l’efficacité du sujet analysé. La problématique qu’elle révèle est un état de mauvaise perspective qu’il faut surmonter, résoudre pour améliorer le sujet analysé.

La problématique est un problème, une incertitude ou une mauvaise perspective auxquels il faut apporter des solutions pour établir l’ordre, à savoir guérir ou donner de bonnes perspectives au ‘’sujet’’ problématique. La solution est le remède aux difficultés, situations ou problèmes angoissants. C’est l’état d’une connaissance qui résout effectivement le problème ou dénoue réellement une situation problématique ou complexe. La solution et l’analyse sont des outils du processus de la résolution des problèmes. Dans ce processus, l’analyse révèle le problème et la solution s’occupe de sa résolution, c’est-à-dire de sa guérison. Ainsi, le rôle de l’analyse est d’aplanir l’action de la solution. Ce rôle consiste à révéler le mal auquel il faut apporter la solution adéquate pour résoudre ou guérir le ‘’sujet’’ problématique ou mis en question.

Suivant cette approche définitionnelle, il est clair que l’analyse n’est point une solution. L’analyse est le préalable de l’intellectualité et la solution le fruit de celle-ci. Dans le processus de la résolution des problèmes surtout intellectuels, l’analyse est utilisée pour poser le problème, pour dégager les causes, etc., tandis que l’intellectualité est utilisée pour produire la solution adéquate pour solutionner le problème posé. Ainsi, dans le processus de la résolution, une chose est de faire l’analyse pour poser le problème, et une autre de produire ou de rechercher la solution pour dénouer le problème posé. Ces deux étapes sont totalement différentes.

C’est donc une ignorance de penser que l’analyse est une solution ou que la solution coule de source de celle-ci. La solution déduite ou qui coule de l’analyse est une solution littérale et non une solution de fond qui résoudrait effectivement le problème. La solution, la vraie, la pertinente, la performante – en un mot de fond – ne coule guère de source ; elle fait l’objet d’une autre étape plus complexe du processus de la résolution des problèmes[2]. Cette étape consiste à tenir compte d’un certain nombre de choses pour concevoir ou pour rechercher de façon habile la solution. Ainsi, faire une analyse est loin d’apporter une solution surtout de fond qui résoudrait définitivement le problème.

L’analyse , dans ce cas, est certes un outil du processus de la résolution des problèmes, mais n’est point une solution. La preuve est que, en dépit des nombreuses analyses sur la situation africaine, celle-ci demeure pareille, aucune amélioration véritable n’est enregistrée à son compte. Alors, comprenons que l’analyse est loin d’être une solution ! Outre l’analyse, nous devons impérativement apporter des solutions de fond pour voir nos problèmes résolus définitivement.

C’est pourquoi aujourd’hui, en plus de l’analyse, nous devons surtout proposer des solutions de fond à travers l’intellectualité pour enfin venir à bout des maux, qui ne font que ronger l’Afrique et l’Africain depuis de nombreuses décennies. Les spécialistes africains doivent comprendre que, dans le processus de la résolution, l’analyse est certes nécessaire mais n’est point le fondamental. L’analyse est le commencement du processus et non le point d’achèvement de celui-ci. Or, le constat est que dans la recherche de résolution des problèmes africains, la plupart des chercheurs se limitent à l’analyse. Pourtant, à ce stade, le travail n’est point achevé. Le problème posé est sans remède et donc demeure et continue ses ravages.

C’est à juste titre que, dans nos travaux, notre préoccupation est d’apporter des solutions de fond afin d’anéantir définitivement les problèmes posés par nos analyses, mais aussi par d’autres analyses. À cet effet, nous avons produit plusieurs connaissances de fond, dont des courants de pensées, des théories, des concepts, des systèmes, des modèles, des disciplines, des principes, etc. que nous estimons nécessaires pour résoudre enfin les problèmes titanesques de l’Afrique. Parmi ces connaissances de fond, nous avons le régime pentiviste, la constitution républicaine pentiviste, le capitalisme objectif, l’économie objective, le budget par compétence, la théorie de l’efficacité du financement, l’économie de sécurité, la théorie de l’efficacité de la gouvernance, la théorie de la compréhension de l’intelligence, etc.

Ceci dit, les uns et les autres doivent comprendre que mener des analyses sans apporter des solutions de fond aux problèmes que posent ces analyses, c’est effectuer un travail inachevé. Ainsi, l’on doit appréhender que l’analyse n’est point une solution. C’est l’outil de révélation ou de détermination de la problématique. Alors que la solution est le remède de la problématique, et est produite par un autre outil du processus de la résolution, surtout intellectuelle, qui est l’intellectualité. Ainsi, dans ce processus, l’analyse révèle la problématique et l’intellectualité produit la solution pour la transcender.

Pacôme Kouamé Oi Kouamé, chercheur interdisciplinaire en développement 
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[1]Une donnée est un indice chiffré, une information ou un renseignement dont on peut entrer en possession ou qu’on peut utiliser pour fonder un raisonnement, notamment analytique.

[2]Le processus de résolution des problèmes est largement approfondi dans notre ouvrage intitulé : Qui est intellectuel ? Cet ouvrage paraîtra en 2019.